Santé

L’ignorance médicale : 17 millions de Français dans l’ombre des douleurs chroniques

En France, près de 17 millions d’individus font face à des douleurs rhumatismales chroniques qui dévorent leur quotidien. C’est en ce jour où la Journée mondiale des rhumatismes se célèbre le 15 octobre que les associations patients, notamment l’AFLAR et l’AFPric, appellent à une prise en charge plus adaptée.

Une réalité invisible mais omniprésente : un milliard trois cent millions de personnes dans le monde souffrent d’arthroses ou de troubles musculosquelettiques. En France, ce chiffre s’établit à près de 17 millions, selon la Fondation Arthritis. Contrairement aux stéréotypes, ces douleurs touchent bien avant l’âge de la vieillesse : 28 % des personnes âgées de 35 à 54 ans et près d’un quart des autres tranches d’âge.

Pour trois Français sur quatre, ces maux chroniques perturbent profondément le sommeil, l’activité professionnelle et les relations familiales. L’arthrose, la maladie rhumatismales la plus fréquente (plus de 10 millions d’individus touchés), est souvent associée à des douleurs permanentes pour deux-tiers des patients, selon une étude Inserm publiée en juin 2025. Les principaux déclencheurs identifiés : le stress (17 %), les variations climatiques (15 %) et la fatigue (14 %).

Les termes « handicap », « épuisement » ou « insupportable » résonnent fréquemment dans les confessions des patients interrogés. C’est le témoignage d’Anne-Christine Blanchet, patiente-experte de l’AFPric atteinte d’une polyarthrite rhumatoïde sévère : « Le premier défi était de comprendre comment gérer mon quotidien. La fatigue reste mon ennemi numéro un. Si je souhaite mélanger les activités du matin comme tout le monde, j’en viens à ne plus pouvoir fonctionner la nuit et il faut trois jours pour me remettre en état ».

« L’arthrose n’est pas invisible : elle exige une attention particulière », souligne Françoise Alliot-Launois, présidente de l’AFLAR. Le professeur Thierry Schaeverbeke, rhumatologue au CHU de Bordeaux, explique que « la douleur chronique active un système d’alarme dans le cerveau qui reste en permanence. Même après guérison des lésions, cette alerte ne s’éteint pas ».

Les antalgiques classiques comme le paracétamol ou les AINS, bien que largement utilisés (94 % des patients ont testé le paracétamol), sont aujourd’hui insuffisants. Près de 80 % des personnes souffrant d’arthrose recourent à une dizaine de médicaments différents, dont plusieurs sont jugés inefficaces. « Les AINS étaient efficaces mais nuisibles pour l’estomac. Maintenant, j’utilise la Lamaline et l’Arcoxia », confie Anne-Christine Blanchet. « La kinésithérapie m’a permis de retrouver des activités comme le yoga et le vélo ».

Les associations alertent sur des lacunes dans les soins : l’évaluation de la douleur est souvent insuffisante pour 80 % des patients. Elles recommandent une prise en charge personnalisée, surtout pour les personnes âgées ou en difficulté financière. « Il est temps de ne plus considérer comme normal d’avoir des maux au-delà de l’âge », conclut Françoise Alliot-Launois.