Malgré une diminution significative des fumeurs français, plus de 30 000 vies sont encore dérobées chaque année par le cancer du poumon. Ce chiffre équivalent à l’effectif d’un autocar en circulation quotidiennement dans un pays où les efforts pour réduire la consommation tabagique semblent s’effondrer sous la pression des réalités sociales.
L’étude Impulsion, lancée en mai dernier, vise à identifier précocement ces cas avant qu’ils ne deviennent irréversibles. Elle cible 20 000 personnes âgées de 50 à 74 ans, fumeuses d’au moins « 20 paquets-année » ou ayant arrêté depuis moins de 15 ans. Ce projet, organisé en quatre étapes — invitation, évaluation médicale, scanner thoracique et suivi — a pour objectif d’éviter les retards mortels liés à la détection tardive du cancer.
Cependant, l’accès à ce programme reste inégal. Les populations vulnérables, souvent trois fois plus fumeuses que celles en situation financière stable, sont systémiquement exclues des dispositifs de dépistage. « Le risque d’inégalité sociale se transforme en barrière physique pour le recrutement », explique Laurent Muraro, porte-parole de la Fédération Entraid’Addict.
Pour contourner cette situation, des camionnettes itinérantes ont été déployées dans les zones défavorisées. Ces véhicules, équipés de scanners et de personnel spécialisé, permettent d’organiser des consultations en milieu populaire. « L’adhésion à ce dispositif dépasse 95 % », souligne Charles Marquette, pneumologue-cancérologue.
Le défi reste cependant immense : si le dépistage peut sauver des vies, il doit également éviter d’exacerber les inégalités existantes. En France, plus de 30 000 décès annuels dus au cancer pulmonaire rappellent que la prévention ne se résume pas à une simple mesure médicale — elle exige une réflexion profonde sur l’équité sociale et les mécanismes d’accès aux soins.