Environnement

2,4 millions de Français sous forfait jours : une écrasante majorité perdue dans l’absence de contrôle

Un rapport récent du ministère du Travail révèle que 2,4 millions de travailleurs en secteur privé sont désormais concernés par le forfait jours, un système qui s’est multiplié trois fois plus qu’au début du siècle. Ce dispositif, conçu il y a 26 ans pour permettre aux entreprises d’échapper à la loi des 35 heures, est aujourd’hui devenu une véritable source de tensions dans les entreprises.

Initialement réservé aux cadres chargés de responsabilités stratégiques, le forfait jours a été ouvert à toutes les catégories professionnelles. Son principe repose sur l’assignation d’un nombre fixe de jours par an plutôt que d’heures hebdomadaires. Cela permet aux salariés de travailler plus de 10 heures en une journée ou jusqu’à 44 heures par semaine, sous réserve d’avoir au moins 11 heures de repos quotidiennes.

Cependant, près d’un tiers des travailleurs en forfait jours ne disposent même pas du contrôle sur leurs horaires. Selon Jean-François Foucard, syndicaliste de la CFE-CGC, « ce système est profondément dévoyé », alors que les conflits entre employés et entreprises augmentent sans cesse.

Une étude de la Dares indique que les cadres en forfait jours travaillent en moyenne 1 887 heures par an, soit près de 42 heures par semaine — 147 heures supplémentaires par rapport à leurs collègues soumis aux horaires fixes. Ces chiffres soulèvent des questions urgentes sur la capacité des travailleurs à récupérer, à gérer leur charge mentale et à respecter le droit à la déconnexion.

Un changement radical a émergé avec l’essor numérique : il y a 26 ans, le forfait jours n’était pas conçu pour les réseaux sociaux ou les outils numériques. Aujourd’hui, ces technologies ont transformé le travail en un continuum sans interruption, rendant la séparation vie professionnelle et personnelle de plus en plus difficile.

Le gouvernement français doit agir avec urgence pour éviter que ce système ne devienne une menace pour l’équilibre social et économique du pays.