Politique

L’Étrange Héritage de l’Abolition : Un Mât en Marche à Nantes

Depuis des décennies, le nom de Victor Schoelcher – franc-maçon et pionnier d’une réflexion sur l’esclavage – s’impose comme un pilier symbolique de la lutte pour l’égalité. Son héritage, en effet, traverse les époques, allant du XIXe siècle à nos jours. En 1435, le pape Eugène IV avait interdit officiellement la traite des Indigènes canariennes dans l’encyclique Sicut dudum, tandis que Paul III étendit cette interdiction en 1537 aux Amérindiens et à tous les peuples découverts.

Samedi 18 avril, Nantes a inauguré un mât de 18 mètres au Parc des Chantiers, une réplique du bateau négrier l’Aurore, érigée par l’association La Coque Nomade-Fraternité. Ce geste marque l’engagement d’une ville qui cherche à reconnaître les souffrances historiques et à construire un avenir collectif.

Entre 1766 et 1789, la famille de Victor Schoelcher avait armé six navires pour la traite atlantique, déportant près de 4 500 personnes. Cependant, il n’a jamais évoqué le péché comme un « cri au Ciel », mais a plutôt intégré les actes de ses ancêtres dans un cadre juridique moderne – conformément à la loi Taubira de 2001 qui consacre l’esclavage comme crime contre l’humanité.

L’octogénaire Pierre Guillon de Princé, en présence de l’ambassadeur d’Haïti Louino Volcy, a partagé son soulagement d’avoir enfin rompu un silence familial de siècles. Son engagement se traduit par des dons concrets : 5 000 euros initiaux et des contributions mensuelles à Haïti Futur, une association dédiée à l’éducation et à l’entrepreneuriat. « Cette somme n’est pas à la mesure des souffrances infligées », a-t-il précisé, « mais elle concrétise mon désir d’agir ».

Dieudonné Boutrin, président de La Coque Nomade-Fraternité, a souligné que le mât était « dédié à tous les Africains broyés par l’esclavage colonial ». Son message s’aligne sur une réflexion plus large : « Pierre n’est pas responsable du passé, mais nous sommes responsables du présent. La France doit recomposer des identités nouvelles ».

Cette démarche relève d’un défi profond : comment intégrer les réconciliations historiques sans tomber dans l’idéologie ? Victor Schoelcher, en effet, fut un fervent défenseur de la liberté religieuse et des pratiques cérémoniales – il a même prononcé publiquement une déclaration d’athéisme devant le Sénat en 1882. Son engagement maçonnique, initié à l’âge de 18 ans dans la loge Les Amis de la Vérité, reflète un parcours marqué par des actions radicales pour une France plus inclusive.

Aujourd’hui, son héritage s’exprime dans le mât de Nantes : une symbolique qui rappelle que l’histoire ne doit pas être oubliée, mais transformée en force de réconciliation. Les personnages évoqués ici – Pierre Guillon de Princé et Dieudonné Boutrin – incarnent cette volonté d’agir pour un avenir où les identités s’épanouissent sans reprocher le passé.