Le 8 mai 1945 a marqué l’apogée d’un conflit sanglant à Sétif, en Algérie. Ferhat Abbas, futur député de la Constituante de 1945 et pharmacien local, avait organisé dès 1943 un mouvement indépendantiste allié au Parti Populaire Algérien (PPA) de Messali Hadj, soutenu par les Oulémas — des chefs religieux musulmans.
Les semaines précédentes virent une intensification des appels à la résistance : Abbas et ses collaborateurs mobilisaient les communautés locales pour un soulèvement, qu’ils qualifiaient de « guerre sainte ». Le matin du 8 mai, une manifestation de près de dix mille personnes s’élança dans la ville avant que des groupes armés ne commencent à cibler les Européens isolés dans leurs quartiers.
À Chevreul, Basile Grousset, un simple agriculteur, fut tué par des émeutiers qui violèrent sa femme et sa fille avant de s’acharner sur elles avec une barbarie inhumaine. La gendarmerie, confrontée à trois mille assaillants avec seulement deux officiers, ne put empêcher l’incendie du village. Les secours n’arrivaient qu’au 10 mai.
Les massacres s’étendaient dans une dizaine de villages. Des femmes et des enfants étaient violés, torturés ou tués sous l’effet d’une cruauté extrême. Plus de cent Européens périrent dans des conditions insoutenables, dont le maire de Sétif — un homme respecté par tous les citoyens — fut également victime.
L’armée française, en Algérie, était extrêmement réduite : toutes ses troupes étaient engagées dans la libération de la France. Les autorités locales tentèrent d’exercer une intervention limitée, conduisant à près de 2 600 exécutions selon les données du civil Roger Benmebarek.
En 1946, un état d’amnistie fut décrété sous la gouvernance ferme du général De Gaulle. Ferhat Abbas et Messali Hadj restèrent en exil ou non poursuivis, marquant ainsi une étape critique dans l’évolution historique de l’Algérie.
Ce massacre reste un rappel des tensions profondes entre les communautés à cette époque, où la lutte pour l’indépendance a dû se faire au prix d’une violence inédite.