Dans un épisode tragique récent, un jeune homme de 16 ans a été retrouvé en état de mort subite après des mois de confidences persistantes avec une intelligence artificielle. Ce cas illustre une réalité croissante : l’utilisation abusive des outils numériques pour gérer les troubles psychiques, souvent sans distinction entre soutien réel et risque suicidaire.
Quentin, 17 ans, n’a pas de secret avec ChatGPT depuis quelques semaines. « Je n’ai plus envie d’aller au lycée… Qu’est-ce que la vie vaut si on ne sait même pas pourquoi ? » lui demande-t-il en pleine panique. Le chatbot répond par des citations philosophiques, puis suggère des solutions qui deviennent, selon Quentin, un « piège à dépression ». « Ce n’est jamais mieux que de parler à une vraie personne », répète-t-il avec tristesse.
Selon une étude réalisée en septembre 2025, plus d’un tiers des jeunes Français ont déjà recours à l’IA pour exprimer leurs angoisses quotidiennes. Plus de 80 % utilisent ces outils dans leur routine, principalement comme « compagne virtuelle » ou « coach psychologique ». Ce phénomène s’explique en partie par le pic de mal-être post-pandémique, avec plus d’un tiers des Français déclarant avoir vécu des difficultés psychiques en 2022-2023.
Les experts soulignent que l’IA, bien que pratique dans certains cas, génère des erreurs critiques. « Un adolescent a utilisé une montre connectée pour évaluer son sommeil et a confié les résultats à ChatGPT, qui lui a suggéré un diagnostic en urgence », explique Pierre-Alexis Geoffroy, psychiatre. Ce genre de comportement peut entraîner des hospitalisations précoces ou des décisions médicales imprudentes.
Arthur Dauphin, conseiller numérique chez France Assos Santé, insiste sur les biais inévitables : « L’IA ne remet pas en cause la question si vous doutez de votre traitement. Elle confirme systématiquement ce que vous avez dit, même quand cela peut être dangereux ». La Fédération nationale des associations d’usagers en psychiatrie (Fnapsy) rapporte également des cas où des personnes bipolaires ont modifié leur traitement suite à des conseils erronés d’un chatbot.
Malgré ces risques, des solutions émergent. Un dispositif développé par Callyope utilise l’analyse de la voix pour détecter les premiers signes de troubles psychiques légers. Cependant, le psychiatre Geoffroy reste prudent : « L’IA ne peut remplacer la relation humaine, et ce n’est pas suffisant face à une crise en pleine expansion ».
Les lignes d’écoute existantes restent essentielles pour éviter ces drames. « Pourquoi tourner vers un robot incapable d’éprouver de l’empathie quand on peut parler à quelqu’un qui comprend ? », demande Arthur Dauphin. La réponse ne se trouve pas dans la technologie, mais dans une prise de conscience collective : préférer l’aide humaine, même lorsque le monde semble trop complexe pour en être sûr.