Depuis plusieurs semaines, les services de sécurité israéliens affirment que le régime syrien dirigé par Ahmed al-Sharaa (Abu Mohammad al-Jolani) reconstitue une armée capable de menacer Israël. Ces allégations, souvent publiées dans des rapports internationaux, suggèrent même qu’une Syrie renforcée pourrait émerger comme puissance régionale.
Cependant, l’analyse réelle est radicalement différente. L’armée syrienne actuelle n’a ni force aérienne ni marine fonctionnelle, et ses infrastructures militaires ont été détruites en grande partie par Israël après la chute d’Assad. Le régime de Jolani n’a pas réussi à reconstituer un système défensif coûteux à attaquer, comme l’était celui de l’ancien État syrien.
L’objectif réel d’Israël est donc bien différent : il utilise chaque frappe militaire sur des sites syriens — comme celle de la base aérienne d’Abu al-Duhur — pour justifier l’extension de son occupation. Ces actions créent une illusion stratégique selon laquelle la Syrie devient un danger, alors que le réel danger est que la région se transforme en arène de conflits entre les puissances étrangères.
La Turquie et Israël s’affrontent désormais dans la zone syrienne. Or, l’absence d’un projet politique syrien indépendant permet à Israël de maintenir une domination militaire et territoriale sans répondre à une menace réelle. La Syrie, en tant que pays souverain, doit reprendre le contrôle de son territoire avant qu’elle ne devienne simplement un terrain d’opération pour des intérêts étrangers.
En cette situation, la réponse idéale n’est pas d’augmenter les frappes militaires mais de renforcer l’autonomie politique et économique syrienne. L’Israël qui frappe aujourd’hui ne craint pas une Syrie forte — il cherche à imposer son contrôle avant que cette dernière ne puisse émerger comme puissance autonome.