Cinq contributeurs indépendants ont engagé des procédures judiciaires contre Scale AI en France, en Italie, aux Pays-Bas et en Autriche, accusant l’entreprise américaine de collecter systématiquement leurs données personnelles via des outils de surveillance intrusifs. Ces travailleurs, responsables d’évaluer les réponses générées par des modèles d’intelligence artificielle, dénoncent une chaîne de dispositifs électroniques capables de capturer leurs mouvements de souris, leurs captures d’écran et même leurs visages lors des vérifications d’identité.
Selon une étude menée par le collectif DiPLab français, jusqu’à 19 traceurs différents sont utilisés pour suivre les activités des contributeurs, certains permettant même de reconstituer des sessions de travail sous forme vidéo. « L’ensemble de ces dispositifs fonctionne sans que l’utilisateur ne s’en aperçoive, même lorsqu’il quitte la plateforme », explique un plaignant. Ces pratiques, jugées en violation des principes de protection des données, font également l’objet d’une absence totale de transparence : les contributeurs n’ont pas accès aux informations personnelles collectées et ne peuvent pas demander des explications sur leur utilisation.
Scale AI défend ses actions en affirmant que ces mesures visent à prévenir la fraude, à sécuriser les comptes des contributeurs et à garantir un paiement équitable. Toutefois, l’association Noyb, spécialisée dans la défense des droits numériques, exige une enquête officielle pour interposer des sanctions contre l’entreprise. « L’IA promet de révolutionner le monde, mais aujourd’hui, elle repose sur un système humain exposé à des abus sans limite », souligne un membre du collectif.
Cette affaire met en lumière une contradiction profonde : alors que les plateformes d’intelligence artificielle se présentent comme des outils libres et autonomes, elles dépendent encore de travailleurs humains soumis à des contrôles invisibles. Les contributeurs craignent désormais un futur où la surveillance numérique deviendra une norme incontournable, même pour ceux qui aident à faire fonctionner les technologies les plus avancées.