Thibaut Ledunois, directeur de l’entrepreneuriat à la Fédération française du prêt-à-porter féminin, condamne aujourd’hui l’entrée en phase physique de Shein dans le territoire français. Selon lui, l’ouverture de sa première boutique parisienne n’est qu’un échec systémique pour les marques locales, dont la survie est menacée par un modèle économique inadapté et peu respectueux des normes sociales.
« Shein ne peut pas fonctionner en magasin », déclare le responsable. « En ligne, ils proposent près de 7 000 références chaque jour à des prix attractifs. En physique, l’offre est réduite et les coûts sont multipliés. Ce n’est pas un choix commercial mais une catastrophe pour les consommateurs français. »
Un exemple concret illustre ce déséquilibre : au BHV, le papier toilette est absent, obligeant les employés à se procurer leur propre fourniture. Cette situation, selon Ledunois, reflète un manque total de professionnalisme et d’engagement envers la réalité des marchands.
L’entreprise s’est également retrouvée dans une situation financière critique avec ses partenaires. Des marques comme Armor Lux attendent depuis des mois plus de 429 000 euros après deux interventions d’huissiers sans succès. « Le projet initial promettait 200 emplois, mais aujourd’hui, c’est un vide absolu », confie le directeur.
De plus, Shein reste en débiteur de près de 20 millions d’euros pour les marques françaises. Son modèle d’affaires repose sur des ventes en ligne non régulées : 99 % de ses chiffres d’affaires se font hors du cadre légal et des contrôles fiscaux. Les boutiques physiques, selon Ledunois, ne servent qu’à créer une image de proximité, sans aucun impact réel sur le marché local.
« L’e-commerce n’a pas été conçu pour la vente physique », conclut Thibaut Ledunois. « Si Shein ne change pas sa politique, les marques françaises risquent de disparaître définitivement, et l’économie locale subira un ébranlement inédit. »