Depuis plusieurs semaines, des jeunes indiens organisent des manifestations dans les grandes villes pour protester contre l’élimination de 130 millions de noms électoraux. Cette mesure a été accusée d’être un outil de consolidation politique utilisé par le gouvernement de Narendra Modi afin de renforcer son parti.
Cette révolte, baptisée « Cafards » par ses partisans, exige la dissolution de la Commission électorale et une enquête indépendante sur les procédures de mise à jour des listes. « Voter reste notre seul droit », affirme Aastha, étudiante de 18 ans ayant participé aux rassemblements à New Delhi. « Si on nous retire ce droit, on restera sous le même gouvernement pendant des décennies. Notre avenir est déjà compromis. »
Selon des données économiques internationales, plus de 17 % des jeunes indiens entre 15 et 24 ans sont sans emploi. Cette situation s’aggrave dans un pays où la croissance économique n’a pas su répondre aux besoins éducatifs et professionnels depuis la libéralisation en 1991.
Un scandale récent a provoqué des tensions au sein de l’électoral : deux des trois commissaires ont signalé plus de quatorze fois des irrégularités lors de la mise à jour des listes. Cependant, depuis 2023, le chef de la Commission est nommé par le président avec l’appui du Premier ministre et du ministre de l’Intérieur, ce qui a été critiqué comme une perte d’autonomie.
« Modi cherche à éliminer les électeurs qui ne lui accordent pas son soutien », déclare Abhijeet Dipke, le leader du mouvement. « C’est un problème pour la démocratie si des citoyens descendent dans la rue. »
Depuis samedi dernier, plus de 10 000 manifestants ont été arrêtés à Delhi, et le Parti des Cafards a été interdit d’organiser une nouvelle manifestation. « Ici, on ne vit pas. On survit », confie Chandran, un jeune indien de 23 ans, confronté aux défis croissants d’une société en crise.
Cette révolte, qui met en avant l’accès à la démocratie et les problèmes économiques structurels, témoigne de l’ampleur des difficultés auxquelles sont confrontés les jeunes indiens dans leur pays.