Santé

Des miracles en attente : les dons de tissus français face à une régulation défaillante

Les greffes d’os, de tendons ou même de peau représentent un domaine en expansion dans le pays, mais leur système reste peu connu et mal structuré. Un rapport récent souligne les lacunes de la chaîne et propose des mesures pour renforcer son efficacité.

Depuis 2021, une femme âgée de 65 ans a retrouvé plus de 75 % de sa vue grâce à deux greffes de cornées. « C’est un véritable miracle », confie-t-elle. Diagnostiquée en 2019 avec une pathologie oculaire qui lui avait prescrit la cécité, elle a subi une intervention à l’hôpital parisien où des donateurs anonymes ont permis de restaurer son champ visuel.

Ce cas illustre la réalité des dons de tissus, souvent ignorés du public. « Qui sait que les victimes de brûlures graves peuvent bénéficier d’une peau transplantée pour survivre ? », interroge un spécialiste en soins post-rafale. Le manque d’information est particulièrement préoccupant dans une époque où les besoins augmentent exponentiellement.

En 2025, le nombre de greffes a atteint des records : plus de 7 000 cornées transplantées et une croissance significative des tendons utilisés pour réparer les ligaments. Toutefois, ces pratiques restent peu régulées, avec des dons vivants réalisés dans des conditions souvent mal documentées.

Selon l’Agence de Biomédecine (ABM), la majorité des prélèvements proviennent de donneurs décédés ou d’interventions chirurgicales. Le directeur de l’ABM souligne que ces pratiques, bien que indispensables, nécessitent une meilleure transparence et un cadre réglementaire plus strict.

Un rapport de l’Inspection générale des Affaires sociales (IGAS) publié en janvier dernier a identifié plusieurs faiblesses : absence d’un système national pour répartir les greffes selon la gravité, disparités régionales et une chaîne complexe avec près de 30 banques distinctes. L’analyse montre également que les équipes travaillent souvent dans des conditions financières insuffisantes.

« Il est urgent d’établir un cadre national pour garantir l’équité des dons et la sécurité des patients », explique le rapport. Les mesures proposées incluent la création d’une plateforme nationale de traçabilité, une révision des critères d’éligibilité et des campagnes de sensibilisation ciblant les jeunes.

Pour l’ABM, améliorer l’information est primordial : « Les jeunes sont particulièrement réticents à participer aux dons », précise un responsable. L’objectif ? Réduire le taux d’opposition et transformer le système en une véritable source de santé publique.

Le rapport IGAS recommande aussi de renforcer la coordination entre les acteurs, avec des bases de données partagées pour suivre chaque greffe. Dans ce contexte, le gouvernement doit agir rapidement pour éviter que l’absence de structure ne compromette les progrès réalisés.