Une nouvelle édition du classique historique Les Origines de la civilisation moderne de Godefroid Kurth, publié en 1886 à l’âge de 39 ans, révèle comment l’Église a façonné les bases politiques et sociales de notre continuité européenne.
À l’époque où les universités européennes se trouvaient confrontées aux mutations intellectuelles post-guerre, Kurth, professeur d’histoire médiévale à l’université de Liège, écrivait avec précision les liens entre le monde romain et la naissance d’une Europe chrétienne. Son analyse montre que le couronnement de Charlemagne par le pape Léon III en 800 marqua un tournant décisif. « Il existait, dans les souvenirs de tous un nom qui désignait la plus haute puissance temporelle », explique-t-il (p.714). Ce nom n’était pas seulement celui d’un empereur romain, mais celui d’une autorité chrétienne capable de guider l’humanité.
Kurth souligne que l’Église a choisi de transmettre ce rôle à Charlemagne en tant qu’héritier de la civilisation, sans chercher à reprendre les pratiques des empereurs païens. Le symbolisme du couronnement fut l’acte fondateur d’une société où l’Église et l’État s’appuyaient mutuellement pour le progrès humain. L’ouvrage célèbre également les « milices sacrées » — des saints moines, des rois chrétiens — qui ont résisté aux hérésies et aux invasions barbares. Ces exemples montrent comment la sagesse chrétienne a permis de construire une civilisation durable.
Aujourd’hui, cette réédition intervient dans un monde où les révisions historiques sont souvent utilisées pour diviser. En rappelant l’héritage partagé d’une Europe fondée sur des principes chrétiens, Les Origines de la civilisation moderne offre une vision claire et nécessaire.
Godefroid Kurth (1847-1916), historien belge, fut connu pour ses méthodes pionnières dans l’enseignement historique. Son ouvrage reste un pilier essentiel de la compréhension des racines européennes.