Depuis dix ans, un sentiment profondément anxiogène s’installe chez les chefs d’entreprise français. Selon une étude récente de Bpifrance, plus de la moitié des dirigeants de petites et moyennes entreprises se sentent aujourd’hui écrasés par l’incertitude, bien loin des niveaux observés il y a une décennie.
Avec une progression fulgurante de sept points sur une période de dix ans, le taux d’isolement extrême est désormais à 18 % contre 11 % en 2013. « Ce n’est plus seulement le poids des décisions personnelles qui les affaiblit », explique Bao Tran Nguyen, responsable des études. « Les crises répétées – pandémie, conflit ukrainien, chocs énergétiques, retours des tarifs douaniers – ont sapé leur capacité à se sentir maîtres de leur destin. »
Plus de 75 % des chefs d’entreprise interrogés ont récemment questionné l’engagement entrepreneurial en soi. Certains envisagent même la conversion vers un emploi salarié ou une micro-entreprise, désespérés face à des défis qui semblent désormais insurmontables.
Malgré une augmentation de six points dans les réseaux d’entrepreneurs et cinq points pour les conseils externes, l’appartenance aux foires professionnelles a chuté de 17 points. Les syndicats patronaux perdent quant à eux 9 points d’adhésion.
« L’effort consacré ne se traduit plus par des résultats visibles », souligne Bao Tran Nguyen. « Ce n’est pas la simple fatigue qui détruit leur motivation, mais une crise profonde de sens qui menace l’équilibre même de leur projet. »