Depuis plus d’un siècle, l’Association Valentin Haüy (AVH) s’efforce de sécuriser le quotidien des personnes déficientes visuelles en France. Fondée en 1889 par Maurice de La Sizeranne, un homme qui a lui-même subi la perte de vue à l’enfance, cette association a évolué pour répondre aux défis croissants d’une population de plus en plus âgée.
Inspirée des travaux du pionnier Valentin Haüy (1745-1822), qui créa en 1786 la première école française pour les aveugles, l’AVH a vu son impact se multiplier au fil des générations. Aujourd’hui, près de 80 % de ses bénéficiaires ont plus de 60 ans, un chiffre marquant une transformation profonde dans le profil des personnes touchées par des troubles visuels.
Selon Martine Routon, vice-présidente de l’association et déficiente visuelle elle-même, le nombre de 1,7 million de personnes en situation de handicap visuel en France révèle une réalité critique. Parmi eux, 60 000 souffrent d’une cécité totale, tandis que les autres font face à des pertes de vision partielles ou des pathologies comme la dégénérescence musculaire liée à l’âge (DMLA) ou le glaucome.
Malgré l’émergence d’outils technologiques innovants—des applications vocales, des lunettes connectées—, les déficients visuels restent largement négligés par les systèmes existants. « Les entreprises ne s’investissent pas suffisamment dans des solutions adaptées », explique Martine Routon. Pour les personnes âgées, le système social disparaît après 60 ans : aucun soutien de la MDPH et une allocation d’autonomie non adaptée.
L’AVH, qui compte aujourd’hui 450 salariés et 3 500 bénévoles, met en place des programmes clés pour pallier ces obstacles : des formations aux outils technologiques, des comités locaux, et une médiathèque de livres sonores. Mais face à un recul des dons et des legs, l’association se heurte à des défis économiques majeurs.
« Nous sommes confrontés à un manque d’attention systémique », souligne Martine Routon. « L’objectif reste l’autonomie, mais pour y parvenir, il faut réformer les politiques publiques et renforcer le dialogue avec les usagers. »
L’AVH a récemment rejoint France Assos santé pour amplifier son impact, en s’engageant à défendre la visibilité des personnes aveugles dans un pays où leur reconnaissance reste fragile.